plateforme d’archives de design graphique qui publie des projets non réalisés de la scène graphique contemporaine française.
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Opéra de Lille

Marché public
identité visuelle
2002

Opéra de Lille

Marché public
identité visuelle
2002

Recherches et système d'identification

Le texte ci-dessous correspond à la note d’intention que Félix Müller et Thom Balmer ont rendue avec le projet graphique.

L’Opéra de Lille ouvrira ses portes à la fin de l’année 2003 après plus de deux ans de travaux. Cette césure aura permis de remplacer entièrement son équipe, de repenser son projet artistique et sa programmation et ainsi se distancier de l’ancienne image.

Dans un souci d’ouverture vers un public plus large, la programmation (opéra, danse, musique) est variée, s’appuie sur des classiques du répertoire lyrique, réserve une place importante à la danse contemporaine et s’ouvre également à la musique de chambre, aux musiques du monde et aux spectacles jeune public. Les différents espaces du bâtiment (grande salle, studio de danse, foyer) sont aménagés afin d’accueillir cette diversité de manifestations.

Tout au long de la saison, il n’est pas souhaité de séparer les différentes orientations mais au contraire de les lier. Les abonnements consistent en un mélange de spectacles opéra, danse et musique. Les orientations artistiques de l’Opéra de Lille mettent l’accent sur des esthétiques contemporaines.

Il s’agit donc de concevoir une identité visuelle identifiant clairement L’Opéra de Lille comme le diffuseur de différents supports de communication et d’information. Nous pensons que cette identité devra surtout être modulable afin d’exprimer toute la diversité de la programmation. L’expression graphique principale du «contemporain» devra pouvoir se confronter à des éléments visuels plus «classiques».

Il nous semble que de limiter les codes graphiques à des connotations locales ne correspondra pas à l’ambition d’un rayonnement de l’Opéra de Lille au niveau national et international.

Au cœur de l’Europe, l’Opéra de Lille est un carrefour d’expressions artistiques de cultures très différentes.

Un premier point commun à travers ces cultures sont la musique et le rythme.
La musique est l’une des expressions humaines les plus abstraites – en même temps elle accède directement à nos sentiments. Dans les arts plastiques, un effet semblable est provoqué par les couleurs : nous parlons de couleurs tristes, de couleurs vives, de couleurs qui se font mal, etc. Bien souvent, ce n’est pas une seule couleur qui influence nos sentiments, mais le jeu, la mise en relation de différentes teintes et le rythme qui se crée à travers les formes et les dimensions de leur surfaces.

Un deuxième point commun est la lumière.
L’expression d’un spectacle, notamment d’un opéra mais aussi d’une représentation de danse en est fortement influencé. Aujourd’hui, les mises en scène sont généralement conçues en collaboration avec des plasticiens-éclairagistes.

Sur ces bases, nous proposons un principe graphique construit sur deux «couches» principales :
– une couche identifiant l’Opéra de Lille qui se réfère à la musique et au rythme
– une couche identifiant les saisons et ses spectacles qui se réfère à des ambiances colorielles lumineuses.

 

Système d'identification et exemples de superpositions

Nous nous référons à l’écriture de musique contemporaine telle qu’elle a été pratiquée notamment par John Cage mais aussi par Steve Reich, Karlheinz Stockhausen ou Sofia Gubaidulina.
L’aspect graphique de ces écritures nous inspire pour créer un système basé sur des lignes horizontales, des traits verticaux, des cercles et des lignes «libres».

Les lignes horizontales (les portées) sont l’élément structurant de chaque support. Leur distance est l’unité la plus petite des grilles de lignes de bases typographiques. En quelque sorte, les lignes des portées vierges signifient le silence.
Les traits verticaux posés sur les portées créent des rythmes par les contrastes entre leur largeur, leur longueur et leur distance les uns par rapport aux autres.
La forme des cercles s’oppose à celle des traits. Le cercle est un deuxième élément rythmant. Des cercles alignés se contrastent par leur diamètre, ils apparaissent entourés d’une ligne ou comme surfaces pleines.

Parfois, par exemple pour des spectacles de danse, l’intervention de lignes plus libres est possible. L’ensemble des ces éléments forment une sorte de «boîte à outils» permettant un nombre indéterminé de variations. La mise en couleur des éléments renforce la notion de l’«ambiance musicale». D’un support à l’autre et selon les thèmes, les couleurs varient.
Le nombre d’éléments utilisés et la distance entre eux déterminent qu’un support apparaisse plus «bruyant» ou plus «calme».

 

Choix de caractères et typogramme

Nous proposons deux caractères typographiques visuellement très différents :

– Le NewUt, récemment créé par André Baldinger, ancien étudiant de l’Atelier National de Recherche Typographique (ANRT). «NewUt» est l’abréviation de «New Universal Type», ce qui ne cache pas la référence aux expériences de Herbert Bayer au Bauhaus en 1925 avec son «alphabet universel». Le NewUt a pour spécificité la même hauteur des majuscules et des minuscules. Afin de ne pas les confondre, les majuscules sont identifiées par un trait vertical. Ce caractère a un aspect très contemporain tout en se distinguant des caractères «techno» actuellement très en vogue.

– Le Caslon, issu du Rococo, a été créé en 1725 par William Caslon, célèbre graveur virtuose de l’époque. Ce caractère à la fois ludique et élégant a pour avantage d’être disponible en un grand nombre de graisses et d’italiques. Il dispose de signes spéciaux (ligatures, pourcentages, chiffres elzévirs) et de jeux de polices en petites capitales, en lettrines et même en ornements.

Le typogramme est composé en NewUt Heavy et Light. Il est systématiquement associé au système d’identification.

Il n’existe pas de logotype figé. La fonction traditionnellement attribuée à un «logo» est prise en charge par l’association du typogramme au système d’identification d’une part et par l’utilisation systématique des deux caractères typographiques d’autre part. À notre avis, un «sigle» serait trop réducteur pour exprimer la richesse de l’offre de l’Opéra dans la complexité du monde contemporain.

 

Communication de saisons

Afin de distinguer visuellement les différentes saisons, nous proposons de créer un langage d’images spécifique pour chacune d’entre elles. Ce travail pourra être effectué en collaboration avec des photographes. La photographie est «dessin de lumière». Les exemples reproduits dans le cahier d’esquisses ne peuvent en donner qu’un aperçu sommaire.

Ces images, nous les imaginons plus ou moins abstraites, d’autant plus qu’il n’est pas prévu d’annoncer chaque spectacle par une affiche spécifique. Le jeu entre le flou et le net, le clair et le sombre, la représentation et l’abstraction ainsi que le mouvement, la double-exposition, la température des couleurs etc. pourraient être des références de style exprimant des ambiances autour des projets artistiques des saisons. Le système d’identification se superpose à ces images.

La typographie des informations est une troisième «couche» qui relie le système d’identification au fond-image.

Afin de garantir une cohérence maximale sur l’ensemble des documents imprimés diffusés, nous proposons d’introduire une gamme de formats à relations largeur-hauteur équivalentes. Il s’agit des propositions de 4 x 5. Par souci d’économie de papier par rapport aux formats des planches d’impression, la largeur ou la hauteur de chaque support s’aligne à une dimension standard (A3, A4, A5). Nous proposons d’attribuer une seule qualité de papier à l’ensemble de ces supports, ce qui permettra de les identifier au toucher.

Le système d’identification se prête à l’animation. Pour le site Internet, nous pensons le développer en outil de navigation. De façon interactive, ce système peut changer d’apparition selon les manipulations de l’internaute, ceci pour mettre en évidence des menus et sous-menus et pour faire apparaître ou disparaître de l’information détaillée ou des formulaires d’inscription.

Des images enrichissent visuellement le site et le personnalisent par rapport à la saison actuelle.

Pour une communication cohérente, le rapport entre l’identité visuelle d’une institution et la signalétique de son bâtiment nous semble incontournable. Un projet précis est à définir après l’analyse du bâtiment et des besoins.

Nous proposons de nous associer à «L’autobus impérial», atelier de design de mobilier et notamment de signalétique. Plusieures collaborations, notamment pour le Fonds régional d’art contemporain Nord – Pas-de-Calais, ont démontré la proximité de nos visions par rapport aux processus de conception. Dans le domaine de la réalisation, «L’autobus impérial» dispose d’une expérience importante.

La charte graphique regroupe les principes généraux d’une identité visuelle et définit les règles d’application à chaque famille de supports.

Ce document nous paraît important pour la communication cohérente de l’image d’une institution à son public potentiel. La charte graphique, accompagnée d’un support informatique, permet à l’institution de prendre en charge elle-même la réalisation de certaines applications ou de les faire réaliser par des tiers.

Nous conseillons de réaliser cette charte en deux temps :

– En fonction des remarques exprimées par la maîtrise d’ouvrage sur la phase esquisse, les principes graphiques seront développés et finalisés. Après accord, ces éléments de base seront synthétisés dans une charte graphique simple répertoriant les grands principes d’utilisation. Ce document de travail permettra l’application de l’identité visuelle aux premiers supports réalisés en interne.

– La version définitive de la charte graphique devra tenir compte de l’application de l’identité visuelle pendant une certaine durée dans le temps. En effet, lors d’une phase d’essai – la première saison par exemple – les possibilités et les limites de l’identité visuelle seront révélées. Certains éléments devront donc être reprécisés avant d’être inclus dans une charte plus approfondie et finalisée, et seront accompagnés d’un certain nombre d’applications réalisées au cours de cette première période.

 

Exemples d'affiches

Malgré l’intérêt manifesté par l’équipe de l’Opéra de Lille de l’époque, notre projet de concours n’a finalement pas été retenu. Il semble qu’il a été jugé comme «trop intellectuel». La directrice nous a dit que notre proposition lui faisait plus penser à l’IRCAM qu’à un opéra, alors qu’au départ, elle parlait justement d’une identité visuelle contemporaine, inattendue, se démarquant des autres maisons.

C’est un photographe qui a remporté le lauréat. Sa proposition portait sur l’image humoristique de personnages un peu décalés. Elle s’approchait plus des campagnes habituelles de communication publicitaire.